Frits Klein  " La Piste " 

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Préface

   

 
  Le cirque subit une impitoyable destinée: plaisir éternel des enfants et des foules anonymes,
  plaisir pur comme les beaux gestes primitifs, il est devenu la proie des écrivains et des peintres.
  Et ceux qui devaient le garder l'ont, en découvrant son pittoresque, chargé de littérature
  mensongère; ils ont ainsi perdu le cirque pour les autres et pour euxmêmes
  J'aime vos lithographies, Klein, parce qu'elles tuent le pittoresque, pour offrir la vérité du cirque.
  Non!...pas de "maillots roses"...pas de "clowns tristes et amoureux"...pas de "vagabonds aux demeures de
  toiles flottantes"...
  Tout cela existe, je sais, mais il ne faut pas le dire et le décrire, parce que le cirque a des rayons
  plus profonds, plus durs, et d'un périmètre plus vaste, parce que la vérité st une fonction de ce rapport.
  Peut-être faudrait-il contempler la piste sans savoir, sans rien témoigner, peut-être ne faudrait-il
  trouver qu'un plaisir tout blanc; mais ce cercle est magique, et ne lâche pas un coeur.
  Le cirque est plus dangereux pour ceux qui regardent, en offrant leurs poitrines aux coups, que
  pour ceux qui volent de trapèze en trapèze: les uns perdent la tête, tandis que les autres la conservent,
  ans une terrible lucidité qui fait leur force...
  Tête perdue!...tête perdue, le coeur s'ouvre...le cirque est un jeu du coeur, le plus touchant, le plus
  pathétique des divertissements.
  Aussi la piste a-t-elle une place à part dans les spectacles: le théâtre, le cinéma, le music-hall sont
  le domaine de l'illusion, ~ et c'est bien ~, mais le cirque n'autorise, lui, aucun mensonge.
  Oui, la mesure exacte de l'effort du "porteur" compte pour moi, comme le nombre exact des balles
  que fait voler le jongleur, et encore la situation exacte du saut périlleux: on ne triche pas dans ce royaume
  des faits précis et des gestes transparents. ~Sur la piste, comme au ciel les étoiles, les corps se meuvent
  prisonniers d'une rigoureuse astronomie.
  Il faut savoir ces chiffres, et rien n'est plus beau.
  Mais de ce monde si pur, s'élève une autre pureté, plus vaste, et qui dépasse les limites humaines.
  Frattelini's Rastelli, Colleano, Powell, Codonas, Vasconcellos, vous faites naître les miracles, et vous
  prouvez l'authenticité des songes; contenant tout l'humain, par vous, le cirque s'élève jusqu'au divin; 
  vous avez  la Grâce.
  Par vous, les hommes qui restent sur la terre en sont touchés; à la Grâce ne peut répondre que l'amour.
  Le cirque, dans sa vérité, est un combat d'êtres nus à êtres nus: le cirque, dansson mystère, c'est l'amour.
  Klein, vos lithographies percent le secret du cirque; elles pénètrent son triple domaine de vérité, de
 miracle et d'amour.
 
BLAISE ALLAN